Nouvelle donne
- 7 mars
- 5 min de lecture
J'aurais du m'en douter, me méfier, quelque chose se tramait mais je n'ai rien vu venir ...
Pourtant, il y a eu des indices, surtout vers la fin. Le nombre de bagages qu'elle emportait, l'Océan qui débordait dans son regard lorsqu'elle s'est retournée vers moi en s'éloignant dans l'annexe, et puis ces deux inconnus qu'a ramenés le capitaine à mon bord juste après son départ.
D'habitude, on restait tranquille tous les deux, mouillés dans un coin paradisiaque à se refaire une petite beauté en attendant son retour.
Cette fois-ci, on s'est tout de suite mis en route avec ce nouvel équipage, direction les Marquises.
En partant le 27 décembre, le capitaine espérait faire escale à Fakarava pour le réveillon.
Mais moi, j'ai pas trop aimé qu'on change mes habitudes sans prévenir. Si bien que je n'y ai pas franchement mis du mien, pas plus que les équipiers, et malgré tous les efforts de mon cher capitaine pour composer avec une météo capricieuse, nous ne sommes arrivés à Toau que 5 jours après notre départ de Tahiti, le 1er janvier 2026.
Là, nous avons retrouvé mon bon copain le voilier Oberon. Je l'adore parce qu'il me raconte toujours ses histoires d'Alaska, de Japon, de Micronésie, d'Océan Indien qui me font rêver. Faut dire, ça fait plus de 30 ans qu'il partage ses aventures avec le même équipage, Marie-Laure et Elie. D'ailleurs, eux non plus n'ont pas eu l'air de beaucoup aimer mes nouveaux passagers...
De Toau, on est ensuite allé comme prévu dans l'atoll voisin de Fakarava, et là le capitaine en a profité pour débarquer les 2 équipiers visiblement pas équipés pour partager plus longtemps l'aventure...

J'étais pas fâché, je me disais même qu'on allait retourner à Tahiti attendre le retour de celle qui s'occupait bien de moi, mais non, je crois qu'il va falloir que je me fasse à l'idée de ne plus la revoir...
Le capitaine avait l'objectif d'aller aux Marquises, et il a décidé de s'y tenir, même si ça devait impliquer une navigation difficile, qui plus est en solo.
Cette fois-ci, j'ai essayé de tout faire pour l'aider, d'abord parce que je lui dois bien ça, c'est un capitaine en or qui a toujours été aux petits soins pour moi, ensuite parce que c'est la premiere fois qu'il allait me skipper en solo sur une si longue distance, enfin parce que j'avais bien compris qu'il devait avoir un peu le coeur gros.
Le 9 janvier on est descendu dans le sud de l'atoll de Fakarava, une route que je connais bien, puis le lendemain, on a levé l'ancre pour Makemo, un atoll au Sud-Est d'où l'angle serait meilleur pour partir vers les Marquises.

Makemo c'est très beau, je n'avais encore jamais barboté dans ce lagon et ça m'a beaucoup plu, le capitaine aussi même si ça lui faisait bizarre de découvrir des nouveaux endroits tout seul...


Puis le moment de partir vers les Marquises est arrivé, la météo semblait favorable malgré le vent et la houle de face qui nous attendaient pour les jours à venir.
Mais on savait à quoi s'en tenir, la dernière fois qu'on l'avait fait il y a deux ans en partant de Rangiroa, on avait passé presque 8 jours à tirer des bords...

Au départ, tout s'est bien passé, sortie de passe impeccable, cap encore meilleur que prévu, petit vent confortable pour avancer au près, bien calé sur mon bouchain.

Et puis, j'ai senti que quelque chose clochait avec la voile d'avant, j'ai tout fait pour que ça tienne au moins pendant la nuit, histoire de pas imposer à mon capitaine une première galère de nuit, mais au petit matin du 2eme jour, ça a fini par craquer ..

Heureusement, le vent n'était pas trop généreux, mais même s'il est très fort, mon capitaine ne pouvait pas gérer cette avarie tout seul sans m'immobiliser.
Alors méthodiquement, il a enroulé le génois, sécurisé la voile, affalé la GV et puis on s'est dérouté vers l'atoll le plus proche : Raroia.

Coup de bol, les horaires de marées nous étaient favorables et on a pu se faufiler dans la passe sans trop de difficultés, tout en négociant entre le banc de sable à bâbord, la déferlante à tribord, et le mascaret droit devant. Le capitaine a jeté l'ancre derrière le récif, c'était pas vraiment protégé du vent d'Est mais c'était toujours mieux que d'être en mer et il a réussi à réparer comme il pouvait la voile puis à la renvoyer.

Ça m'a rappelé les aventures de mon copain le voilier Altaïr et de son équipage François et François à qui il était arrivé exactement la même mésaventure il y a deux ans..
On s'est accordé quelques heures de repos, un peu houleuses, puis on est reparti au petit matin. Évidemment, au moment de repartir l'ancre était coincée et j'ai bien cru que j'allais finir orphelin quand le bout de la main de fer a manqué de peu d'exploser à la tête de mon capitaine.
Heureusement, plus de peur que de mal et on est ressorti sans autres embûches de l'atoll.
La suite du périple a été une alternance de moments de grâce où le capitaine semblait détendu et confiant dans notre progression, de moments de frustration quand d'énormes poiscailles ont arraché plusieurs fois son leurre ou son bas de ligne mais aussi une fois toute la bobine de fil, et enfin des moments de crainte quand vers la fin, mon capitaine a vu que le génois menaçait de se découdre tout le long du guindant et que la drisse de GV était en train de s'effilocher. Il a beau être athée, je crois quand même qu'il a fait quelques prières et le dieu de la mer semble l'avoir entendu puisque le génois et la GV ont tenu jusqu'à notre arrivée le 23 janvier 2026 dans la baie de Taiohae, Nuku-Hiva. ..



Je ne sais pas lequel de nous deux était le plus heureux d'arriver et de revoir les Marquises qui nous avaient tant plu la première fois.
Voilà maintenant plusieurs jours qu'on souffle et qu'on profite du cadre.
Mon capitaine prend soin de moi, comme toujours.
Il s'est occupé du hublot du carré, de la pompe du moteur, de porter le génois à réparer, ....
Mais il n'oublie pas de penser à lui aussi, et il s'est trouvé un nouveau tatoueur pour se faire tatouer toute la jambe gauche ...


Il profite surtout de ses derniers instants de tranquillité parce que mi-février, j'ai entendu dire que son fils cadet Clément débarquait. ..
Je connais le loustic, va y avoir de l'ambiance à bord ...




Bonne continuation Jean Luc un peu triste de cette parution je t embrasse Lydia
Bonne continuation Jean Luc. Encore de belles aventures et des rencontres à venir.
Je lis toujours les nouvelles du Phytéas avec plaisir et j'espère qu'il y en aura encore beaucoup d'autres.
Michelle (et Robert qui n'est plus là), piètres élèves mais tellement ravis d'avoir plonger avec toi dans le club de Jazz en Guadeloupe. C'est toujours un beau souvenir pour moi d'avoir pu faire cela avec Robert même si toi tu ne t'en souviens plus.
Michelle Cerisier 22370 Pléneuf Val André-Bretagne